PASSION NATURE : VOSGES & PALATINAT
JOURNAL DE BORD D'UNE RANDONNEE EXCEPTIONNELLE
Sites concernés,
traversés et visités, ayant été photographiés :
1 ] ALTENWEIHER (alt. 926 m, lac)
2 ] KASTELBERG (alt. 1166 m, ferme-auberge)
3 ] FISCHBOEDLE (alt. 794 m, lac)
4 ] SPITZKOEPFE (alt. 1240 m, dentelles granitiques)
En ce vendredi 24 juillet 2009, j'ai pris un jour de congé et j'ai décidé de me rendre à nouveau, dans le
massif des Hautes-Vosges, histoire de me refaire une bonne grosse randonnée sauvage ... Mon réveil sonne à 8 heures tapantes du matin : je suis encore bien endormi dans mes couvertures et
j'ai un mal fou à me réveiller et à décoller du plumard ! Je l'avoue, la nuit dernière, je m'étais couché un peu tard ... Mais, comme cette nouvelle randonnée était prévue depuis belle
lurette, c'est sans trop de difficultés, que me jette hors du lit, pour tout de suite aller prendre un bon petit déjeuner : des croissants frais m'attendent sur la table, que demander de plus ?
En ouvrant les volets et en regardant dehors, je constate qu'il n'y a pas de pluie et, que malgré les nuages imposants, la journée s'annonce bien ... Est-ce que ceci sera de bonne augure, pour
cette fantastique journée, que je prévois de passer dans de nouveaux coins des Hautes-Vosges chaumières et fermières ? C'est ce que nous allons voir ... Tout en mangeant et en buvant mon chocolat
chaud, je consulte déjà les cartes de randonnées locales, afin de savoir quels endroits je compte aller voir et visiter aujourd'hui ... Très rapidement, mon choix final s'est fait et je vais
choisir de faire deux petites boucles pédestres, toutes deux circulaires. Que ce soit pour la boucle Sud, ou bien, pour la boucle Nord, le point de départ sera exactement le même : la
ferme-auberge du Kastelberg fera ainsi, office de mon point de départ de base.
9 heures du matin. J'ai enfin terminé de prendre mon petit déjeuner et je me suis entièrement préparé, afin d'avoir des habits propres sur moi et d'emmener des choses utiles, au cas
où ! Parmi toutes ces choses utiles, je peux citer : mon appareil-photo numérique, des chaussettes de rechange, un K-Way, des pinces médicinales pour enlever les tiques de la peau,
des cartes de randonnées et d'informations touristiques, sans oublier, le nécessaire à boire et à manger ! Après avoir contrôlé l'état de fonctionnement de ma voiture, je m'installe enfin à son
volant, histoire de quitter Mertzwiller pour toute la journée ... Mertzwiller, mon village d'habitation, est entrain de disparaître de la vue de mes rétroviseurs ... Désormais, je suis fin prêt,
pour tenter de nouvelles aventures et autres découvertes ! Alors, sans plus tarder, en route et que l'incroyable mission se réalise enfin ...
Je prends la direction de Strasbourg, via l'autoroute A4 ... Une circulation perturbée, en accordéon, commence d'ores et déjà à me faire stresser ! Freiner, s'arrêter, redémarrer ... Ces trois
actions mécaniques se répètent sans cesse, sur près de 15 kilomètres ! Je mets ma musique dance et techno assez fort, histoire d'oublier les aléas de la circulation ... Une fois arrivé au niveau
de l'autoroute intraurbaine de Strasbourg (limitée à 110 km/h : attention aux radars ! ), tout rentre enfin dans l'ordre et le flux routier réaccélère promptement ! Il est bientôt 10 heures et je
ne suis pas encore sorti de Strasbourg : ça m'énerve déjà ! J'ai perdu un temps précieux, à cause de gens qui ne savent pas rouler correctement et qui font n'importe quoi sur la route ... C'est
extrêmement rageant. Ce ne sera que vers 10h30, que je sors de la ville de Strasbourg, pour rejoindre la sortie d'Innenheim et l'autoroute du Piémont des Vosges (via Obernai, Barr, Sélestat
et Colmar ! ). La suite du parcours routier se passe sans encombre, mon compteur calé au maximum à 110 km/h (histoire d'économiser du carburant et de bien ménager la monture ! ). Tout va pour le
mieux, jusqu'au niveau de Sélestat, où l'autoroute arbore un revêtement en bien piteux état (macadam granuleux et bosselé, troué par endroits ! ). Je réduis ma vitesse à 90 km/h, certains
couillons derrière moi me font des appels de phares : je m'en fous éperdûment ! Je tiens à ma voiture, moi ... Une fois le département du Bas-Rhin quitté, je pénètre dans celui du Haut-Rhin (68).
Là, je suis la voie rapide (limitée à 110 km/h), pour emprunter la sortie Bennwihr / Kaysersberg. Je rejoins le réseau routier secondaire, beaucoup plus tranquille. Je passe respectivement
les villages de Bennwihr, de Sigolsheim, de Kientzheim, de Kaysersberg, de Hachimette, pour débouler sur un grand rond-point. Là, je ne prends pas tout droit (col du Bonhomme), mais
je tourne entièrement à gauche, direction Orbey ! Je traverse la commune en entier, pour remonter la vallée vers Pairis (que je traverse également). La route s'élève durement et devient
panoramique ! Les lacets s'enchaînent gaiement, malgré un camion lymphatique qui monte devant moi ... Je passe la station du Lac Blanc (1050 m, site magnifique ! ), pour déboucher au col
du Calvaire (1144 m). Là, je tourne à gauche, pour suivre la sauvage route des crêtes (que j'adore à la folie ! ). Je passe les arrêts suivants : Gazon du Faing, Rouge
Gazon, Dreieck, Tanet. En descente sévère, je rejoins assez rapidement le col routier de la Schlucht (1139 m, avec une forte affluence de touristes et de motards ! ). J'ai déjà parcouru 146
kilomètres depuis Mertzwiller et il est 11h45. Je ne m'arrête pas sur cet axe hyper fréquenté, bruyant à l'extrême. Je poursuis mon bonhomme de chemin, sur la route ascendante des crêtes. Je
prends la direction du Markstein. Je délaisse en passant, le Hohneck (je le connais déjà très bien : je lui ai déjà consacré deux articles, dans ce présent blog ! ), pour repérer aux abords de la
route, le panneau flanqué du nom de " Kastelberg " ... Ce patronyme germanique, désigne la ferme-auberge, qui me servira de point de départ de base, pour ma randonnée
circulaire. Arrivé au niveau d'un collet (auberge du Breitsouze, 1246 m), je repère une piste de montagne non enrobée, qui va me diriger droit, sur la ferme-auberge du Kastelberg (1166 m). On
peut la prendre en voiture, c'est autorisé : je ne me gêne donc pas et je m'engage d'un pas ferme et décidé, sur cette piste, avec ma voiture ! Je franchis un collet (1280 m), puis la piste
descend sur près de 2 kilomètres. En cours de route, je bénéficie de superbes vues, à droite, sur les crêtes vosgiennes (Rainkopf, Rothenbachkopf, Batteriekopf, Schweisel, Grand Ballon,
Schnepfenried, Platzerwaesel, etc). Je ne rencontre personne, étonnement total ! Une fois arrivé au bout de la piste, je finis par butter sur la ferme-auberge, sertie dans un extraordinaire écrin
de verdure ... Je me trouve à l'altitude de 1166 mètres et il est midi sonnantes ! Je me hâte de bien garer ma voiture et de vérifier tout mon matériel, afin de commencer enfin, ma randonnée
... C'est le moment de l'entrée en matière, que j'affectionne le plus ! Le vent souffle en rafales violentes, mais l'air des montagnes est si puissant, vivifiant, revigorant ... Je suis
excessivement impatient de découvrir la première des quatre destinations que j'ai prévu d'aller visiter aujourd'hui : celle du lac d'Altenweiher !!!
Devant la ferme-auberge du Kastelberg, des vaches paissent tranquillement, au milieu de vastes étendues d'herbe grasse et drue ... Le décor fermier est absolument magnifique, craquant : quelques
photos s'imposent déjà ! Le lac d'Altenweiher s'accède depuis le Kastelberg, en descendant par un étroit, long et difficile sentier balisé (symbole du plus bleu à suivre). Je plonge en direction
de la forêt, sise quelques 100 mètres en contrebas, afin de rattraper le fameux sentier balisé par le plus bleu ! Mais avant ceci, je me prends un peu de temps, histoire de contempler le
superbe panorama : il s'étend, de droite à gauche, du Rainkopf jusqu'au Petit Hohneck ! Pas rien. L'entrée en forêt se fait, au niveau où le GR 531 (rectangle bleu), croise le petit
sentier du plus bleu. Je suis bien le plus bleu et non le rectangle bleu ! La descente est remarquable, mais particulièrement sauvage et jungluesque par moments ... Dans certains secteurs très
sombres et humides, le sentier fait carrément office de torrent d'eau ! Les pentes Sud du Kastelberg, regorgent de sources et de cascades ! Quelques vues plongeantes sur la vallée de
Mittlach, m'accompagnent. Quant à la végétation, elle atteint le paroxysme de la beauté : digitales pourpres, sorbiers des oiseleurs, crocus jaunes, myrtilles sauvages à perte de vue, lycopodes,
bruyères et callunes, hautes herbes coupantes, etc ! La forêt est à dominante résineuse, typique de cet étage vosgien. Plusieurs séries de lacets, se négocient tant bien que mal. Le silence
est impérial, j'adore ! Mais beaucoup moins les rocailles affleurantes, très pointues : mes pieds prennent un sacré jeton ! La descente se poursuit à un rythme lent, contrarié par une végétation
bordélique et des torrents d'eau, dévalant à toute vitesse, les pentes escarpées du Kastelberg ... Mais tout finit par s'arranger, en bas, dans le fond du vallon, lorsque le sentier devient plat.
Celui-ci finit enfin, par butter sur une large piste forestière gravillonnée, que j'emprunte en amont : le lac d'Altenweiher se trouve à seulement 100 mètres ! La vue de la maison du garde, me
signale enfin, l'arrivée au site tant convoité ... OUF !
Il est 13 heures pile et je me trouve maintenant, au lac d'Altenweiher (926 m) : il s'agit là, d'une destination de randonnée, que j'attendais depuis fort longtemps ! Je décide de faire le
tour du lac (20 minutes, en théorie ... ), dans le sens inverse des aiguilles d'une montre : je commence donc la visite, par le versant Nord du lac. Un magnifique sentier, ombragé, permet de
faire le tour complet du lac. Les vues sur les eaux verdâtres du lac sont enchanteresses, idylliques ... Le silence est pesant, très agréable et réparateur ! Une végétation exubérante me porte
joyeusement compagnie : toutes les couleurs sont représentées ... Du jaune au rouge, du bleu au violet, du blanc au noir, du vert au gris, etc ! Le tour de l'Altenweiher me procure un intérêt
fou, je mitraille le site aquatique avec délectation ! Je me trouve en plein dans mon élément favori : celui de la nature sauvage et préservée, inviolée ... Je ne me prive pas de plaisir et je
prends bien le temps d'admirer ! Une fois le tour du lac bouclé, je tombe sur le barrage, que j'emprunte vers le point de départ du tour du lac : depuis le fronton du barrage, je jouis d'une
fabuleuse vue d'ensemble du lac, chapeauté par le prestigieux sommet du Rainkopf (1306 m ! ). Cette visite de l'Altenweiher, m'a au final, pris une bonne heure (au lieu des 20 malheureuses
minutes, annoncées par le club vosgien local ! ). C'est une évidence : je reviendrai à l'Altenweiher !!!
Il est 14 heures, maintenant. Il est temps, de déjà quitter cet endroit remarquable du versant alsacien des Vosges, pour remonter sur la crête sommitale du Kastelberg. Je ne choisis pas de
refaire le chemin inverse (le sentier très difficile, que j'avais emprunté au début ! ). J'opte cette fois-ci, pour le sentier balisé du plus jaune, qui va me permettre de rejoindre la piste de
montagne du Kastelberg. La montée est certes longue, mais elle présente des pentes douces, régulières. Aussi, la praticabilité de ce sentier s'avère-t-elle bien meilleure, que celle du sentier de
départ (plus bleu) ... La forêt est ici mixte, les feuillus et les résineux s'entendant à merveille. La qualité d'ombrage est plus que correcte, mais je déplore l'absence de point de vue ... Seul
un petit promontoire en surplomb, m'autorise une échappée plongeante, sur le cirque glaciaire, abritant le lac d'Altenweiher. C'est toujours ça de pris ! Les lacets se succèdent à un bon rythme,
je ne suis pas trop fatigué ... Les chaumes dénudées commencent à se montrer au travers des arbres : le sentier va bientôt sortir de la forêt, je serai exposé aux vents en furie ! Les vaches
vosgiennes, nonchalantes, sont un signe qui ne trompe pas : l'étage des chaumes est enfin atteint. L'horizon panoramique s'ouvre très largement et profondément, sur les vallées de Sondernach, de
Mittlach et de Metzeral ! Au fond, les plus hauts et prestigieux sommets vosgiens, s'offrent à mes yeux ... Je finis par tomber sur la large piste carrossable, menant à la ferme-auberge du
Kastelberg. Le GR 531 (rectangle bleu), me permet de ne pas me tromper ! Il est presque 15 heures, quand j'arrive enfin, à la porte de ladite ferme-auberge ... Une halte de repos bien
méritée.
Sise à l'altitude de 1166 mètres, la ferme-auberge du Kastelberg propose des services bien utiles, pour les randonneurs de passage. Personnellement, j'opte pour un tiré du sac (barres
énergétiques ! ), mais je prends les boissons sur place (c'est la moindre des choses, me diriez-vous ! ). L'accueil est très chaleureux, le cadre est familial et rustique. C'est la patronne en
personne, qui me reçoit. Je prends le temps de demander des renseignements pratiques et je jette un coup d'oeil sur la carte des menus. De bons petits plats aux noms alsaciens alléchants, me
donnent l'eau à la bouche. Ainsi, je décide de réserver une table pour le soir, aux alentours de 19 heures : rendez-vous est pris ! L'auberge du Kastelberg propose une cuisine copieuse,
typiquement paysanne : fabrication et vente de munster et de bargkass, pommes de terre cuites sur braises avec son collet fumé, tourte de la vallée de Munster et ses crudités, fromages de la
vallée, etc. C'est ce que je prendrai comme repas, une fois le soir venu ! Cette petite demi-heure de pause, m'a fait beaucoup de bien : je me suis revigoré, j'ai repris des forces, afin
d'attaquer sereinement la seconde partie de ma randonnée circulaire ... Il est déjà 15h30.
Je quitte la ferme-auberge du Kastelberg, pour descendre en forêt, par le versant oriental de la montagne. Je suis le rectangle bleu du GR 531, pour débouler, 500 mètres plus loin, à la
clairière luxuriante du Kerbholz (1073 m). Les cueilleurs de myrtilles sont nombreux ... Le panorama sur la vallée de Metzeral est absolument splendide. Une fois arrivé au Kerbholz (refuge
isolé), quelque chose me surprend : mes yeux en prennent pour leur grade ! Sur ma gauche, en hauteur, je fais face avec les dentelles des Spitzkoepfe et le légendaire dôme arrondi du
Hohneck ! Les Spitzkoepfe feront l'objet de ma dernière étape de la journée ... Je constate d'ores et déjà, l'étendue de la tâche, qui me restera à accomplir. Les parois Sud sont excessivement
aériennes et atteignent près de 120 mètres, dans leur plus grande hauteur ... Deux lignes d'éboulis, témoignent d'anciens couloirs d'avalanches : nous sommes quand même dans les Hautes-Vosges,
ceci se doit d'être signalé ! Je n'ose même pas penser, comment est-ce que je vais réussir à rallier les crêtes sommitales, en passant cet infernal hachis de rochers et d'éboulis, de ravins et de
végétation jungluesque ... Une fois ce somptueux panorama enregistré dans mon égo, je quitte cet endroit sympathique, silencieux et préservé. Le Kerbholz va me permettre de rejoindre en direct,
une véritable perle des Vosges : le lac du Fischboedle ! Le sentier du plus bleu, signalé par le club vosgien comme difficile, me sera ainsi destiné. Je pénètre rapidement en forêt, en
descente continue. La marche est paisible, très tranquille et bien ombragée. Une interminable série de lacets serrés, me fait perdre beaucoup de mètres : je plonge à vitesse grand V, dans le fond
du vallon. Obscurité et humidité rendent la progression parfois délicate, mais ce n'est pas insurmontable ! L'air est frais, la forêt est bien ventilée ; je prends le temps de savourer ce grand
moment de solitude. Déboulant sur une large piste gravillonnée, je suis déjà en vue du mur du barrage ... Un sentier en escalier, sur ma gauche, va me permettre d'accéder au lac du Fischboedle
(794 m). Ici, il s'agit du point le plus bas, de toute ma randonnée ! Une étape incontournable, que je ne serai pas prêt d'oublier ... Ca y est, je suis arrivé, enfin ... Il est 16h15 !
Le lac de Fischboedle (794 m), est considéré comme l'un des plus petits lacs vosgiens. Malgré cet handicap de taille, le Fischboedle constitue, sans aucune hésitation, l'un des plus beaux de tous
... L'endroit dégage un cachet tellement romantique et confidentiel, que j'ai pleuré, en le voyant : et dire, que c'est ma toute première visite des lieux ! Le Fischboedle ne me laisse pas de
marbre, bien au contraire. Je me prends bien le temps de contempler la beauté pure de ce lac très profondément encaissé. Je m'imprègne au plus intensément possible, de l'ambiance indescriptible
qui s'émane du site. Le tour du lac est possible, mais se révèle délicat, sur son versant Nord : de nombreux éboulis sont amoncelés sur une pente excessivement abrupte, qui provient directement
de la crête rocheuse des Spitzkoepfe (sise quelque 300 mètres plus haut ! ) ... Un impressionnant couloir d'avalanche est visible, là où se trouvent les éboulis en pente : terrifiant ! Mais
le risque en vaut largement la peine (tout en respectant scrupuleusement, la végétation ! ). Les vues sur le lac sont absolument magiques, envoûtantes, à couper le souffle. Aussi, quand le soleil
tape dans l'eau, le lac arbore-t-il une eau à la couleur brune, fort inhabituelle ... Une gloriette (abri de pique-nique), est aménagé à l'angle Nord-Est du lac : une halte s'impose, avant
d'entamer une rude montée, vers le Schiessrothried, les Spitzkoepfe et le Hohneck ! J'en profite un maximum ... Et mon appareil-photo surchauffe sévèrement, tellement je bombarde ce lac du
Fischboedle ...
Il est quasiment 17 heures, lorsque je me remets en route, pour la très longue et difficile remontée, vers les crêtes sommitales dégarnies. Le ciel est d'un bleu azur étincelant. Je suis les
marques du GR 5 (rectangle rouge), afin de monter au lac du Schiessrothried (930 m). La montée est relativement aisée et bien ombragée. En 15 minutes, je parviens au barrage du
Schiessrothried. Connaissant déjà bien ce lac, je jette un rapide coup d'oeil sur les hauteurs dominant le lac (Petit Hohneck et Hohneck). Je m'arrête un petit quart d'heure en bordure du lac,
afin de me désaltérer promptement, avant d'attaquer la phase la plus redoutable de mon circuit : l'ascension des Spitzkoepfe ... La suite du parcours emprunte le sentier marqué d'un rectangle
bleu (le GR 531), qui va me mener en montée, au premier Spitzkopf (belvédère). Au passage, j'ignore le sentier du triangle bleu, montant via le cirque du Wormspel, au Hohneck. La forêt
est mixte et la progression, bien que très ardue, est ombragée. L'air est pur, revitalisant ! Au niveau d'un collet (1021 m), je suis un petit sentier en aller et retour, qui me dirige
vers un petit belvédère : en bordure du précipice, j'ai le droit à un panorama de tarés, sur la vallée de Mittlach, le lac du Fischboedle et, en face de moi, sur le prestigieux sommet
dénudé du Kastelberg (1350 m ! ). Je mitraille ce panorama d'enfer, avec mon appareil-photo numérique : logique ! Après avoir contemplé cette vue, je retourne au collet (cote 1021 m). C'est à
partir de maintenant, que la partie la plus dangereuse et spectaculaire de ma randonnée, va commencer (j'ai gardé le meilleur pour la fin de la journée ... ). Il est déjà 17h30 !
ASCENSION DES DENTELLES DES
SPITZKOEPFE : POUR LES EXPERTS UNIQUEMENT !!!
Les Spitzkoepfe, lorsqu'elles sont vues en vue générale, depuis le Sud (clairière du Kerbholz, altitude 1073 mètres), semblent être totalement inaccessibles,
impossibles à longer et à escalader ... C'est le royaume du faucon pèlerin et des chamois ! Les parois Sud arborent une hauteur totale atteignant quelque 120 mètres (un record absolu ! ).
Pourtant, une fois au pied du monument rocheux, j'ai constaté que le site peut être longé, sur son versant Nord (sombre et humide) ... Certains troncs d'arbres stratégiques, portent les traces de
ronds rouges, symbolisant le meilleur tracé pédestre, afin de pratiquer l'ascension des Spitzkoepfe ! La montée de départ est tueuse pour le souffle et les jambes, qui en prennent un sacré coup
... Habitué à de telles grimpettes, je me demande bien, si je vais réussir ... Pourtant, je ne peux plus reculer maintenant : il faut que je continue à grimper ! Descendre est beaucoup plus
dangereux encore, que de monter ... Alors, je fais avec les moyens du bord : je me tiens tant bien que mal, à des racines noueuses, à des pierres affleurantes (et parfois instables ! ), etc. Je
m'agrippe à plusieurs reprises, à des backs creusés dans le substrat granitique. Mes doigts sont mis à très rude contribution ! Heureusement que les panoramas valent le coup : au Sud c'est le
Kastelberg (1350 m ! ) et au Nord c'est le Hohneck (1366 m ! ) ... Après plusieurs collets intermédiaires, je finis par rejoindre la crête terminale des Spitzkoepfe (1240 m). Le flanc Nord des
Spitzkoepfe étant en permanence exposé à l'ombre et à l'humidité, j'ai glissé à plusieurs reprises, en me rattrapant fort heureusement ! Le terrain est néanmoins sec et assez aisément prévisible
... Mais malgré tout, je dois faire preuve d'une vigilance de tous les instants et je dois bien regarder, où je mets mes pieds ! Les Spitzkoepfe arborent un caractère alpin dépaysant,
grisant ... La végétation atteint le paroxysme de la beauté et de la sauvagerie : sorbiers des oiseleurs, crocus jaunes, digitales pourpres et violettes (rares celles-ci ! ), bruyères et
callunes, myrtilles sauvages géantes, Irrkaut, etc. Au dernier collet, la sente de piétinement devient très étroite et bascule de versant : de la face Nord, je passe sur la face Sud,
dominée par des falaises verticales d'une hauteur de plus de 50 mètres ... Rien que le fait de regarder ces murailles infranchissables, me glace le sang coulant dans mes veines ! J'espère
seulement, que je vais trouver un moyen de pouvoir grimper au sommet de la crête rocheuse ... Comment vais-je procéder : je me suis déjà posé la question ... Et pourtant, un étroit goulot
d'étranglement, coincé entre deux promontoires, va me permettre de résoudre la réponse à ma question ! Des éboulis bien " posés " , me permettent de monter avec une
relative aisance, en escalier, vers la chaume sommitale ... Derrière mon dos, j'ai une vue d'ensemble époustouflante, de la crête rocheuse, que je viens de gravir ! Le spectacle visuel est
atomique : j'en reviens pas, de tout ce que j'ai réussi à surmonter comme dangers et autres difficultés (pentes, humidité, obscurité, vertige, etc) ! La vue du dôme du Hohneck, sur ma
droite, me réconforte enfin ... Le sommet de la crête rocheuse est atteint, en à peine une petite heure : une sacrée performance, en sachant que des randonneurs de haut niveau, mettent près de
deux heures, afin de traverser les 1200 mètres de l'arête des Spitzkoepfe ! Et j'ai, en cette petite heure d'ascension, également réussi à prendre mes clichés : un véritable tour de force, une
prouesse phénoménale ! Mes jambes sont déchiquetées, mon souffle est coupé : je n'en peux plus, je suis sur les rotules, mais extrêmement fier, d'avoir accompli la plus difficile et périlleuse de
toutes les ascensions vosgiennes ...
LES SPITZKOEPFE SONT UN SACRE DEFI A RELEVER ... PAS POUR N'IMPORTE QUI !!!
Il est déjà 18h30 et le soleil commence à décliner à l'horizon. Je prends un peu de temps encore, histoire d'admirer le splendide panorama, vers le Nord, sur le dôme du Hohneck, le lac encaissé
du Schiessrothried et au fond, sur la vallée de Munster et la plaine alsacienne ! Je me trouve à 1290 mètres d'altitude et il faut que je boucle mon circuit : mon ventre grogne sévèrement et mon
estomac me sonne de m'arrêter, pour manger ! Vite, vite, en route pour la ferme-auberge du Kastelberg et un bon dîner fermier, typique des Hautes-Vosges ... D'autant plus qu'à l'horizon, le ciel
s'obscurcit dangereusement. Il me semble même avoir vu quelques éclairs, au loin ! L'orage menace, le vent se lève et fouette mon visage de pleine face ! Ma capuche est une protection bien
dérisoire ... Je presse donc le pas et je longe, en corniche panoramique, le flanc oriental du sommet dénudé du Kastelberg (riche en myrtilles ! ). Le panorama sur les vallées sises en contrebas,
est permanent, jusqu'à mon arrivée à la ferme-auberge. Une vue générale de l'arête des Spitzkoepfe, bombardée par un soleil radieux, me laisse sans voix : je me rends maintenant bien plus compte,
du réel exploit physique que j'ai accompli, en gravissant cette infernale et monumentale crête granitique ! Le vent devenant tempêtueux, je puise dans mes dernières réserves d'énergie, afin
d'arriver pour l'heure prévue (19 heures), à l'auberge du Kastelberg. Finalement, il est 19h05, lorsque je franchis le perron de la ferme-auberge, avec une violente tempête de sable ! Enfin je
suis protégé de toute intempérie et je suis au chaud. Je peux enfin me reposer et m'asseoir, afin de bien bouffer et de reprendre des forces !
L'auberge du Kastelberg (1166 m), m'a offert un accueil plus que chaleureux. Le cadre rustique n'est pas fait pour me déplaire, bien au contraire. Les repas servis ici, sont typiquement vosgiens.
Pour ma part, j'ai opté pour leur spécialité : la tourte de la vallée et sa salade en entrée, suivi du plat principal, avec des pommes de terre cuites sur braises et son collet fumé ! Un plat
très copieux et pas trop cher (j'ai payé 14,50 € le tout, avec une boisson de 1 litre incluse). On m'a encore demandé si je voulais du fromage ou un dessert ... Non merci, ça fait beaucoup trop !
Je demande finalement l'addition et je taris la patronne de l'auberge, d'éloges, sur la magnifiscence de sa ferme-auberge et sur la qualité gustative de son plat traditionnel ! Une chose est
sûre et certaine : je reviendrai randonner et manger ici, au Kastelberg ! Le site figure désormais, parmi mes grands favoris, dans les Hautes-Vosges ... Je garde de cette incroyable journée de
randonnée, des souvenirs plein la tête et des photos d'enculés (excusez-moi du peu, je n'ai pas trouvé d'autre mot ! ). Mon coeur palpite encore et mes yeux pleurent de bonheur, de jouissance,
rien qu'en me remémorant tout ce que j'ai pu voir, durant cette journée !!! Il est 20h30, quand je rejoins ma voiture, pour rentrer au bercail ... Mon arrivée chez moi s'est faite vers 22h45 ...
OUF !!!
RESUME DES ETAPES
IMPORTANTES DE LA JOURNEE :
1 °] Kastelberg / Altenweiher : 1166 - 926 m : 1 heure.
2 °] Lac d'Altenweiher (926 m) : site 1 (1 heure).
3 °] Altenweiher / Kastelberg : 926 - 1166 m : 1 heure.
4 °] Auberge du Kastelberg (1166 m) : site 2 (30 minutes).
5 °] Kastelberg / Fischboedle : 1166 - 794 m : 45 minutes.
6 °] Lac de Fischboedle (794 m) : site 3 (45 minutes).
7 °] Fischboedle / Spitzkoepfe : 794 - 1021 m : 30 minutes.
8 °] Spitzkoepfe (1240 m) : site 4 (1 heure).
9 °] Spitzkoepfe / Kastelberg : 1290 - 1166 m : 30 minutes.
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